Mercredi prochain, ça fera déjà deux semaines que je me retrouve perdue dans cette lointaine région nippone de Fukuoka.

Entre les cours de japonais beaucoup trop avancés, la pléthore de démarches administratives, les soirées, les nouvelles amitiés, j'avoue que je n'ai cessé de repousser le moment où je vous raconterais comment ça se passe. Il y a déjà tellement à dire, j'ai peur de mal résumer et donner un tableau déformé de la situation... Mais qu'à cela ne tienne, il est temps de m'y mettre!
Les premiers jours
Débarquer seule, aussi loin, alors qu'on sort d'un cocon familial hyper harmonieux et soudé, c'est difficile. Maintenant que les premiers jours sont derrière moi, je peux clairement l'avouer, je craquais presque chaque soir de la première moitié de la première semaine.

My room.
Je me sentais complètement perdue, incapable de m'occuper de tout ce qu'on me disait de faire, incapable de trouver tout ce dont j'avais besoin, et incapable de m'intégrer. Un trip du genre "mais qu'est-ce que je suis venue faire ici, alors que je me sentais si bien parmi tout ces gens qui pensent à moi en Belgique...". Il faut dire que pour ma défense, j'ai eu un sérieux problème d'argent en arrivant (je n'ai pas pu me payer à manger pendant presque deux jours), et les autres étudiants étrangers, en plus d'avoir déjà l'expérience de vivre hors de leur famille avant Fukuoka, étaient déjà tous arrivés et se connaissaient depuis une grosse semaine... yay.
Mais heureusement, cette note assez noire n'a pas duré. Du tout.
"Okaeriii!"
Ca n'a pas duré, en grosse partie parce que même ma tendance à broyer du noir quand je suis fatiguée n'a pas résisté à l'accueil que les japonais et autres étudiants étrangers m'ont réservé.

Shin, le 'dorm leader'.
Déjà le premier soir, mon problème de sous m'obligeant à trouver un moyen pour me connecter à internet, j'ai été impressionnée par l'attention que Shin (le "dorm leader", on se croirait dans Harry Potter ici) et d'autres japonais, comme Dai, portaient à mon problème. Qui s'est réglé grâce à eux d'ailleurs. Idem pour l'accueil des autres étudiants étrangers (Claire, Toby, Alex, Manu, Robin, Sam, Bakari) qui malgré que je leur paraisse timide et sois plus âgée ne m'ont pratiquement jamais laissé en dehors des plans qu'il avaient.

De gauche à droite : Robin, Taku, Manu, Sam, Alex et Ami.
Certains des étudiants japonais responsables du bon fonctionnement de la résidence, comme Kazu, passent même des après-midi entières à régler toutes les questions administratives (si) compliquées.

Kazu et Claire.
On se sent peu à peu comme dans une deuxième famille ici, avec chaque fois qu'on revient de cours ou de courses des "okaeriii!" (= bienvenue à la maison!) qui retentissent dans le hall d'entrée.
Les cours
Le premier cours de japonais (lundi passé) a peut-être été un des moments les plus épiques de ma vie... La première prof arrive, distribution des feuilles et, oh, surprise, tout est écrit en japonais. Je scrute le visage des autres question de me rassurer et de les voir dans à peu près le même désarroi que moi, mais non, ils ont l'air détendus. Et pour cause : ça fait un ou deux ans qu'ils étudient intensivement le japonais, donc pour eux, en gros, c'est de la tarte. Youpie.

Sur le chemin entre le dortoir et l'unif. Oui il fait magnifique ici.
Disons-le clairement, je suis l'inculte de la classe, et je rame complètement. Et à vouloir les rattraper au plus vite en faisant les devoirs toute seule comme une grande, je me ramasse des 13/30. Mais je m'en fiche, je fais de mon mieux, et je me sens déjà progresser. J'ai le droit de pas m'en faire, je suis déjà diplômée, na.
Miam
C'est peut-être une des choses qui me donnent encore le plus de fil à retordre. Oui, j'aime la nourriture japonaise, mais déjà que je suis une tanche en cuisine tout court, n'espérez pas me voir cuisiner comme il faut à la mode nippone. Heureusement, la cantine de l'unif est bonne et très peu chère.
J'ai aussi du mal à penser à manger à des heures normales... Ce qui me fait sauter pas mal de soupers pour le moment. De même qu'il y a tellement de choses à payer au-delà du budget initialement prévu (non non pas que de l'alcool, je suis une fille bien moi... enfin, je veux dire, l'alcool c'était déjà prévu...) pour ce mois-ci, que j'ai pas encore eu l'occasion de m'acheter certaines choses aussi basiques qu'une casserole.
Je l'avoue humblement, la nourriture belge me manque déjà. D'un autre côté, je serais curieuse d'avoir une balance, parce qu'avec le chaleur en plus des réguliers sauts de repas, j'ai l'impression de fondre.
People!
Bon, c'est bien gentil les détails pratiques comme la nourriture, mais c'est pas le plus intéressant!
En deux semaines, des dizaines de liens se sont créés, et si je dois en juger par le groupe d'étudiants occidentaux qu'on forme, c'est une très bonne année! Constat qui s'applique aussi aux étudiants japonais d'ailleurs...

Sam, Alex, Kazu, et moi. Une soirée arrosée? Si peu, si peu...
Je les ai déjà mentionnés plus haut, mais le groupe d'étudiants du dortoir qui s'occupe de nous a vraiment droit à toute notre reconnaissance. Et en plus d'être serviables, ils sont tout ce que je craignais qu'ils ne soient pas (heu... vous suivez?). J'avais peur de rencontrer des 'suiveurs de règle à la lettre', des gens gentils mais très (trop) sérieux. Or dès le deuxième soir, la fête dégénérée qui a eu lieu pseudo-secrètement dans une des cuisines du batiment m'a prouvé tout le contraire. Shin, leur 'chef', a le coeur sur la main (et étudie le français, un chouette garçon je vous dis) et l'âme d'un fêtard. Dai, un de ses meilleurs potes, est génial, un look complètement barré mais que, perso, j'adore. Il a clairement le prix "stylisme" de la résidence.

Dai, tout à gauche. Dommage, c'est un exemple très peu représentatif de ses vêtements habituels.
Et Kazu (pour me limiter à eux trois, parce qu'il y en a tellement d'autres : Ami, Daichi, Shiori, ...), lui, a gagné une place toute spéciale dans l'attention des deux occidentales (Claire ne me contredira pas là-dessus)... Et non, c'est pas juste parce qu'il est mignon, grand (!), mature et attachant à la fois, et puis... Bon je m'arrête.
Parlons-en, de ma camarade occidentale. Claire, de trois ou quatre ans ma cadette, et qui a pourtant l'air de gérer beaucoup mieux la situation. (Ceux qui me connaissent me diront que c'est pas très difficile... héhé.) J'adore son côté "va-de-l'avant", elle a l'air d'en vouloir et de n'avoir peur de rien.

Claire et moi.
Ca fait en tout cas vraiment, vraiment plaisir de ne pas être la seule blonde de tout Fukudai, et de voir en plus qu'on s'entend bien et qu'on est sur la même longueur d'onde pour plein de choses. Elle aime les ragots autant que moi, que pourrais-je souhaiter de mieux? Et en plus, elle est d'origine belge!
Il y a aussi Alex, comme Claire, en provenance de Leeds university, qui possède une mémoire impressionnante pour tous les jurons français que Manu lui apprend (et qui a le don de les rendre presque mignons avec son accent), qui est sûrement l'un des plus sociables et gai à vivre, et qui a été une des premières personnes à m'aider et faire attention à ce que mes premiers pas dans l'indépendance se passent bien. Sûrement une autre vraie amitié en formation avec lui (non que ça ne soit pas le cas avec les autres aussi).

Le club des trois : Manu, puis Robin, puis Alex.
Toby, le troisième de Leeds, se distingue par l'attention qu'il porte aux autres et son ouverture d'esprit. Sérieusement, il est impressionnant de conciliance de gentillesse. Qui plus est, il est bassiste, avec des gouts musicaux qui collent complètement avec les miens, et est aussi avide de jouer que moi. Avec Manu, Bakari, Dai, et d'autres musiciens, je sens qu'il y a un concept de groupe de la résidence qui devrait naître d'ici peu...

Toby et Momo.
Manu, l'un des deux français, est un homme de la nuit. Toujours partant pour faire la fête, et toujours attentif à ce que tout le monde soit au courant. Sa capacité à boire contraste assez avec la joie quasi enfantine qu'il montre souvent. Sa compagnie est toujours joyeuse, ça fait plaiiisir.

Moi, Robin, Manu.
Robin, lui, fait sa place sans faire grand bruit, avec un besoin de solitude de temps en temps, mais un humour génial qui est d'autant plus efficace qu'il prend par surprise. J'en arrive même à presque aimer quand il se moque de ma belgitude...

Claire et Bakari.
Bakari (l'américain) est peut-être celui que je connais encore le moins bien. Assez intimidant avec sa grosse voix et sa taille, mais quand on le connait mieux il donne juste une impression de force tranquille. C'est gai de voir quelqu'un qui se prend pas la tête comme lui, c'est assez rare finalement (je suis sûrement l'extrême opposé...). Sur note plus anecdotique, je suis fan de son rire, ultra communicatif et franc.

Kazu et Sam.
Enfin, il y a Sam (anglais), aux apparences de timide, mais qui en fait ne l'est pas vraiment. Il passe sans transition d'un comportement super discret et taiseux aux têtes les plus débiles quand quelqu'un sort un appareil photo. Un gars fort imprévisible, ce qui fait d'ailleurs son charme.

Avec Momo, aussi mignonne de look que de caractère.
En dehors de notre groupe, je devrais évidemment parler des dizaines de potes japonais qu'on se fait ou que j'avais avant (tout ceux avec qui Bastien et moi avons passé une partie de nos vacances en août), mais je me réserve et je vous les ferai connaître à travers de futures anecdotes.
Et à part ça?
C'est vrai que je pourrais encore vous décrire toutes les activités qu'on a fait, entre les après-midi shopping, la découverte des environs, l'odyssée pour avoir un portable japonais, les soirées bibitives, le karaoke, et tout le reste. Mais je préfère tout résumer en disant que c'est de plus en plus le bonheur ici. Tout le monde commence à se connaître et s'apprivoiser, les activités s'organisent peu à peu, et j'aurai encore bien des occasions de vous parler de trucs tout aussi peu intéressants que ce billet dans le futur (oh les chanceux que vous êtes).
(Je vous rassure, les prochaines fois seront plus des illustrations que du texte, je sais que c'est en général plus intéressant, et parlant.)