L'unité de la quoi ?
Par Pascale le lundi 26 novembre 2007, 13:31 - Lien permanent
La Belgique, c’est un peu comme une frite-mayonnaise qu’on aurait laissée trop longtemps de côté dans la cuisine.
Ca a perdu de sa forme et de son goût.
Ben oui, moi la Belgique, je ne l’habite plus, elle ne m’habite plus, bref, elle ne m’inspire à présent pas plus qu’un plat gâté.
Voilà, je viens de me mettre à dos tous les participants à la manif “Voor l’unité van Belgique”, ainsi que tous les membres des groupes patriotes qui ont fleuris sur Facebook. Ca, c’est fait.
Non pas que ce fut mon intention, loin de là…
Quand j’ai regardé cette foule marcher pour leur Belgique, je n’ai pas ressenti plus que si j’avais assisté à une manifestation pour l’indépendance de la Patagonie orientale. Ce n’est pas par désintérêt. J’ai suivi les infos, regardé les débats, critiqué des décisions ou absences de décision, débattu avec différentes personnes. C’est simplement que j’ai l’impression d’assister à une farce. Et cette farce va va assez loin pour que j’en perde (presque) l’envie de rire.
Laissez-moi vous raconter une petite histoire…
Celle du couple que formaient Madame F et Monsieur W. Ils eurent de nombreux enfant, dont leur ainée, la grande Belgique. Seulement, l’amour, ça ne se commande pas, et un beau jour, Madame F se rendit compte qu’elle n’avait plus sa place auprès de Monsieur W.
Enfin, quand je dis “un beau jour”, tout ça n’est pas arrivé de rien. Durant les débuts de leur relation, Monsieur W n’a pas toujours été plein de scupules et d’attentions… Il avait regardé de loin Madame aller travailler sous ses ordres dans des usines et se débattre dans une pauvreté que les gens de sa propre caste bourgeoise ne connaissaient pas. Mais, sûrement parce que Madame à cette époque-là était bien jeune et bien faible, le mariage avait tenu. Monsieur W s’était peu à peu rendu compte de ses maladresses, et au fur et à mesure, avait changé.
Plus tard pourtant, sa rancoeur ne s’était donc pas atténuée. On peut même dire qu’ils en étaient arrivés à un point dans leur relation où ils ne parlaient plus la même langue…
Ses protestations commencèrent donc. Elle se plaignit de n’être plus satifaite par les performances de Monsieur W au lit. Elle l’accusa d’être toujours obligée de s’investir plus que lui. Puis ce fut au tour des enfants, elle disait qu’elle devait toujours s’en occuper à la place de Monsieur W.
Pourtant, Monsieur refusait d’abandonner Madame, il croyait envers et contre tout qu’une réconciliation était possible, ne fut-ce que pour ses enfants. Belgique était particulièrement fragile, elle l’aurait plus que mal vécu si quelque chose n’allait pas entre ses parents.
Mais l’inévitable ne put être évité. Madame demanda le divorce.
Monsieur aurait été d’accord pour un arrangement à l’amiable : vivre encore sous le même toit, juste pour garder la face devant les enfants, même s’ils ne dormaient plus dans le même lit. Mais non, Madame voulait tout : la maison, les enfants, les indemnités.
À ce jour, ils sont encore tout deux à se débattre dans des procédures administratives sans fin. Et chaque jour, leur grande Belgique perd de ses couleurs…
Triste histoire, n’est-ce pas ?
Vous n’aurez pas besoin de mon aide pour tirer les parallèles.
Quand on veut faire un travail en binome, on ne peut pas le faire tout seul. Les Wallons auront bon prier, pleurer, manifester, crier “au nom de la moule et des steaks-frites !”, rien ne changera. Les Flamands n’ont plus envie de faire équipe.
Et si on me réplique que je généralise, que des Flamands étaient à la manif, et bien je répliquerai tout simplement que toute cette population a voté.
Alors qu’on arrête de me tenir des discours comme quoi “ce sont les politiques qui sont pourris dans cette affaire”, “sans tout ce ramassis d’hypocrites, on en serait pas là”.
Allez-y, vous tous qui dites ça, à leur place, arrangez les bidons puisque vous êtes si intelligents !
Ces gens qui sont au pouvoir, que ce soit du côté francophone ou néérlandophone, ce sont nous qui les y avons mis. Donc non, je n’ai pas peur de dire que la grosse majorité des Flamands ne tiennent plus vraiment à leur Belgique.
C’est vrai, les médias n’ont pas joué le beau rôle non plus en occultant, d’un côté comme de l’autre, tout ce qui se passait chez les voisins. C’est vrai, nous sommes tous plus ou moins manipulés. Mais ces constatations ne changent rien au fait concret que, mis à part quelques symboles nationaux aussi dérisoires que quelques recettes culinaires, nous sommes devenus des étrangers les uns pour les autres. Nous n’avons pas la même langue, pas la même culture, et même pas le même sens de l’humour…
Ce qui m’attriste vraiment, ce que contrairement à ce que certaines personnes voudraient nous faire croire, nous avons le même passé. Il nous suffit de regarder tous ces visages ridés qui ont connu la guerre, qui se sont battu pour la Belgique, pour nous en convaincre. Qu’on en soit arrivés là, qu’on ait pas mélangé dès le début les deux communautés linguistiques, que la Belgique ne soit pas entièrement bilingue des pieds à la tête, oui, c’est un beau gachis.
Il n’empêche qu’au jour d’aujourd’hui, je ne me sens Belge que d’un passé, et que de quelques symboles. Et tout ce qui se passe aujourd’hui me fait souhaiter autre chose qu’un futur commun.
Et que les séparatistes en lisant ça ne croient pas qu’ils ont gagné. S’il y a bien une chose de certaine dans toute cette crise, c’est que nous en sortirons tous éclopés et perdants.
*EDIT*
Après petite vérification historique, je me dois de nuancer un passage de mon texte. Je dis plus haut qu’il fut un temps où Monsieur W exploitait en quelque sorte Madame F. Ca n’est pas exactement ça… La bourgeoisie de l’époque dont je parle était bien francophone, mais surtout francophile. C’est à dire que certains (même si ce n’était peut-être pas la majorité, loin de là) Flamands devenus francophones en faisaient partie aussi ! Et les Wallons n’étaient pas spécialement riches, ils étaient pour la plupart des paysans, mais attention, des paysans qui s’exprimaient en Wallon, et ne comprenaient pas le français. Ce n’est qu’après que les gens ont confondu la bourgeoisie francophile de l’époque et les Wallons. Monsieur W n’est donc pas vraiment en tort dans tout ça…
* Re-EDIT *
Bastien en parle aussi, et encore plus intelligemment que moi.
Commentaires
Je suis bien d'accord avec ton texte. Si je ne veux pas que la Belgique s'effondre, ce n'est pas par quelconque attachement mais plutôt parce que je n'ai pas envie d'en subir les conséquences.
J'ai arrêté de suivre les débats, ça m'énerve plus qu'autre chose.
Ce que je n'aime cependant pas du tout, c'est les grosses généralisations. On les a mis au pouvoir, ok. Mais après, on voit dans des magazines comme Le Vif/L'Express "les Wallons doivent arrêter de vivre au dessus de leurs moyens". C'est bien gentil mais je suis wallonne et bien loin de vivre au-dessus de mes moyens.
Les médias sont extrêmement maladroits et ce n'est pas parce que je suis étudiante en information et communication que je les cautionnerai.
Honnêtement, ils me dégoutent assez bien...
J'aimerais répondre par un grand commentaire bien senti mais j'ai trop à dire que pr mettre de l'ordre ds ma tête.
Je résumerai mes réflexions suite à la lecture de ton texte en qqes points.
- La crise belge n'est pas "belge". Ce type de crise existe dans de nombreux pays européens mais sous formes diverses.
La base du problème restant tjs la même.
Il y a des crises financières, qui engendre le mécontentement et la montée du séparatisme. Crise de confiance en la politique, les gens ne votent plus pr un projet mais votent pr celui qu'ils détestent le moins (quand ils vont voter...).
Crise identitaire. On ne sait plus ce que l'on est, on ne se sent plus très proche de son voisin (et cela, il n'y a pas que ds les pays qui ont plusieurs langues que cela existe...)
ex. L'Espagne, l'Italie, la Belgique, la France, connaissent tous les MEMES problèmes. Exprimés ss des formes différentes mais ce sont les mêmes probs.
- Aujourd'hui, et cela partout en Europe, on repense le concept de "nation".
On ne pense plus comme avant en terme de langue et de culture.
On parle désormais en terme économique et social.
Partout en Europe existent ces confrontations entre parties de pays.
Ex. Belgique = Flandre et Wallonie. Espagne = Catalogne et le reste. Italie = Piémont et Lombardie contre tout le reste de la péninsule et les îles. Hongrie = Budapest et le reste. France = Paris et le reste. Allemagne = ancienne RFA contre ancienne RDA...
Et le liste continue.
Il ne s'agit pas d'un problème belge.
- Le belge est capricieux.
Le belge qui n'a jamais vécu à l'étranger (et par vivre, on entend vivre et pas passer 2 semaines de vacances à Malaga) ne sait pas à quel point le pays fonctionne bien.
L'administration est excellente. le système de financement est bon. Le coût de la vie est raisonnable. Les services publics font parties des meilleurs du monde.
- Les problèmes politiques découlent des problèmes économiques et non pas de l'histoire.
Ce n'est pas parce qu'il y a eu des injustices avant que ce que nous vivons désormais en sont qques conséquences.
D'ailleurs, la plupart des gens sont complètement ignorants en terme d'histoire alors oublions cela.
La chose qui contrôle tt c'est le portefeuille.
Si l'économie marchait mieux, on ne parlerait pas de tt cela, ou tt de moins, on y accorderait moins d'importance.
Suffit de demander aux Slovaques et aux Tchèques ce qu'ils en pensent.
Money, money, money... Punt aan de lijn.
- L'homme est un être humain qui se passione pour les drames sociaux.
Il se sent vivant en se confrontant aux autres. Il en a besoin, malheureusement.
Les gens râlent, mais les gens adorent discuter des problèmes communautaires. Et cela partout dans le monde. Les gens aiment dirent qu'ils ont raison et qu'ils font mieux que les autres.
Ainsi, l'homme cherche è ré-affirmer une identité qu'il est entrain de perdre ou qu'il a l'impression de perdre.
Ce phénomène s'exprime de différente manière suivant la culture du pays.
ex. Je continue avec mon exemple italien que je connais bien. L'italie connait exactement les mêmes probs communautaires que ns, mais sous forme de région.
Les gens réaffirment leur identité grâce au comportement en société, qu'ils veulent différent des autres régions. Pire, ils se réaffirment grâce au Football (si, si, si) en supportant jusqu'à la mort l'équipe de leur région et en haissant les autres. Ayant pr conséquence une violence inimaginable ds les stades (encore il y a 2 semaines, un supporter de la Lazio s'est fait tuer).
Ceci est un simple exemple pr dire que, aujourd'hui, tt est bon pr réaffirmer son identité. On la cherche désespéremment.
Pour se sentir soi-même, l'homme se confronte à d'autres hommes.
C'est un sentiment animal, primaire.
- Les gens aiment critiquer les politiques car en mettant l'entière responsabilité sur eux, ils ont le sentiment d'être propres et que "c'est pas ma faute maman, c'est l'autre".
Quand tu votes, tu votes.
C'est un comportement qui m'orripile.
Chaque citoyen est responsable de la situation.
Il était clairement mit dans le programme du CD&V NV-A que la réforme de l'état était prioritaire.
Des gens ont voté.
Qu'on ne vienne pas dire après que ce sont les méchants politiciens qui ne s'occupent pas des vrais problèmes. Une majorité de la population a exprimé le fait que c'était un vrai problème. La suite coule de source.
Il y aurait encore plein de choses à dire.
Mais mon idée de base, c'est que ce n'est aps un problème belge.
C'ets un problème humain qui est présent ss des formes différentes dans beaucoup de pays européens.
J'aime la Belgique, j'aime ce qu'elle a fait et ce qu'elle fait. J'aime son art, ses produits, son humour, sa mentalité.
Mais le belge doit s'ouvrir et comprendre qu'il est bien mieux loti que la plupart des autres.
Le reste ce sont des gamineries.
Laurent.
PS = By the way, je rentre le 20 décembre. On se voit ??? =))))
Un long commentaire, avec lequel je suis assez d'accord. =)
Je te verrai avec plaisir à partir du 20, envers et contre le blocus !
Ouaiiii ma poulette. J'ai toujours été de ton point de vue. Je l'ai déjà dit à d'autres "je suis pessimiste mais pas triste".
Au départ, comme bcp de monde et comme l'écrivain qui fait l'objet de la critique de ton frère, je mettais tout sur le dos des hommes politiques et des médias.
Au fur et à mesure que les jours passaient, j'ai ouvert les yeux. Je crois que les médias ne sont pas vraiment responsables en fait. Et les hommes politiques, ils ont été élus par les citoyens.
Conclusion, si on arrive pas à former un gouvernement, c'est qu'on arrive plus à s'entendre entre les communautés (soyons plus direct encore -> entre citoyens). Alors ne perdons pas de temps... Bye bye Belgium !