"Sagan, Françoise. Fit son apparition en 1954, avec un mince roman, Bonjour tristesse,
qui fut un scandale mondial. Sa disparition, après une vie et une œuvre
également agréables et bâclées, ne fut un scandale que pour elle-même."
Franchement, trouvez-moi une épitaphe plus fascinante. Comment quelqu'un peut-il avoir le culot de l'auto-cynisme, jusque dans la mort? Quelle personnalité, quel humour triste, quel effrayant résumé de vie, mais quel plein d'intelligence, en une seule petite phrase.
Hier, je découvrais Françoise Sagan dans un film. Et ben vous pouvez être certains que ce week-end, si pas plus tôt, je file m'acheter "Bonjour tristesse" (son premier roman).
On me demande souvent de quoi je rêve, et puis bien sûr, cette question dont je parlais deux posts plus tôt, qu'est-ce que je veux faire dans la vie. En regardant, une réponse possible se dessinait dans ma tête : si j'ai ne fut-ce qu'une once du talent que cette femme possédait, j'écrirai.
Découvrir une artiste torturée, non pas seule dans son monde incompris et impénétrable, mais torturée parce qu'elle a peur de la solitude, ça m'a touchée. Peut-être parce que c'est aussi ma plus grande peur. Peut-être. Ou peut-être parce que c'est notre plus grande peur à tous?
J’ai toujours pensé que la musique avait ça d’important qu’elle était le seul art maitrisé par l’être humain qui arrive à le dépasser lui-même. La peinture demeure représentation ou refus de représentation mais a toujours un référent matériel. L’architecture est concrètement conçue à l’échelle humaine. Mais la musique, elle, se distingue de tous les autres arts.
Une mélodie est à jamais insaisissable, se déroulant de manière invisible dans le temps, et pourtant une mélodie peut prendre tant de pouvoir dans l’espace et en nous que nous avons le cœur au bord des lèvres. Un “air” porte bien son nom puisqu’il est à la fois impalpable et transparent, mais nous y sommes sensibles. La musique est une chose si surréaliste qu’il parait même étrange que nous en soyons les producteurs.
Je m’emballe, je m’emballe… Mais si je vous raconte tout ça, c’est simplement parce qu’Envy m’a offert ce soir une preuve supplémentaire de ce statut supérieur de la musique.
Envy, c’est un groupe de hardcore / post-rock japonais (je sais, encore des japonais…). Ne grimacez pas à l’appellation hardcore, leur musique n’a rien à voir avec une soupe innommable de sons avec renfort de décibels superflus…
Prenez cinq jeunes hommes. Tous sont habillés de manière cool mais simple. En installant leur matériel, ils n’adressent que des regards furtifs et timides à la salle. L’un des guitaristes fait songer à un enfant tant il parait mince et fragile, impression renforcée par ses grands yeux noirs et ses cheveux en bataille. L’autre guitariste semble le plus à l’aise, sa voix est forte et franche (comme sa poignée de main, ce que j’apprendrai aux dépends de mes phalanges à la fin du concert). Le batteur fume sa cigarette nonchalamment, le visage sérieux mais détendu. Le chanteur porte une casquette surmontant un visage plutôt rond. C’est celui qui a le moins le look de l’emploi. Et enfin, il y a le bassiste, son t-shirt laissant apparaitre les extrémités d’un tatouage qui semble orner tout son torse.
Des musiciens comme des milliers d’autres. Oui, mais seulement en apparence. Parce qu’une fois leurs instruments en main, ce ne sont plus des jeunes hommes que j’avais devant moi, mais des anges…
Leur musique les habitait littéralement, n’importe qui posant ces yeux sur eux pendant qu’ils jouaient n’aurait pu avoir que cette pensée : “ils sont si beaux”. Et cette beauté était contagieuse, tout le monde en était touché.
Alors que je les écoutais, je me suis dit que pour produire des choses pareilles, l’homme devait forcément avoir une âme, quelque chose de profond en lui. Je pensai aussi que tant que le monde abriterait ce type de beauté, alors il en vaudrait la peine.
Je suis crevée, morte, claquée, alors j’écris des lignes décousues qui ne pourront pas rendre justice à ce groupe… Le récit que je fais du concert passe surement pour une espèce d’expérience mystique de seconde zone, mais je vous promets, il fallait être là pour le sentir, c’était un truc très fort.
Si vous voulez faire un premier pas vers eux, je vous conseille soit l’album “Insomniac Doze”, soit celui qui sortira le 7 novembre prochain sous le titre “Abyssal”. Ce sont des chefs d’œuvre ! Je vous mets ici dessous deux vidéos (un live d’une de leur plus belle chanson et un clip), “A warm room” et “Scene”, jetez-y un coup d’œil.
Alors je sais, le chanteur crie plus souvent qu’il ne chante, mais il y a beaucoup une question de se faire l’oreille. Il ne s’agit pas ici de cris agressifs, on dirait plutôt une sorte de désespoir ou de mélancolie. Pas de trip dark cliché ici, tout demeure en finesse, avec des moments violents toujours mélodiques, traits qui prouvent (si c’était encore à faire) la sensibilité musicale nippone si particulière.
Moi-même, avant le concert, je n’écoutais Envy souvent que d’une oreille distraite, et peut-être sera-ce votre cas, ou pire, les détesterez-vous. Mais gardez-les dans un coin de votre mémoire, et si un jour ils passent près de chez vous, faites l’effort d’aller voir ces cinq messieurs. Personne ne pourrait être totalement déçu, c’est une expérience à vivre.
Comme lu quelque part sur internet : “Envy, quand ils sont calmes, réalise la plus belle musique du monde. Et quand ils s’énervent…”.
Une fois n'est pas coutume, je vais pouvoir me vanter. Si si. Parce que figurez-vous que cette jolie chose en dessous, et bien c'est un ami qui l'a dessinée.
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